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Mardi 13 février 2007

La Trentaine, barbu et souriant, Artiste Ouvrier est une figure du mouvement pochoiriste Parisien. Entretient autours du pochoir et de Stencil Project.

 

Damien Waltisperger : Comment en es-tu venu au pochoir ?

 
Artiste-Ouvrier : Je suis venu au pochoir par plaisir et amour de la peinture. J’ai poché mon premier tigre Trichrome sur un tee-shirt pour aller en rave-party en 1992. A l’époque c’était pour moi un langage et une grammaire. Une grammaire permettant de transcrire des pensées de manière graphique. De plus le pochoir a ceci de particulier qu’il transforme l’image en une image reproductible. Le pochoir est un outil d’auto édition. Le résultat est très graphique, un mélange de peinture et de sérigraphie manuelle. Mon but était l’autonomie dans la production avant tout. J’ai affiné deux techniques de découpe : Le pochoir chinois avec attaches (des lignes sinueuses rattachent le pochoir à lui-même) et le contre-poche (proche du pochoir classique mais avec moins d’à plats noirs). Dans les années 90, j’ai fait une exposition, sans penser qu’aujourd’hui j’en vivrais. Analytik était un rassemblement d’artistes dans un ancien circuit de karting à Toulouse qui mêlait un peu tout les genres : Peintures sur mannequins, sculpture, live tekno des boucles étranges (NDJ : Un collectif de musique électronique devenu culte). J’ai présenté un ensemble de portraits inspirés du symbolisme dans des télévisions évidées, des boites à chaussure lumineuses, une porte en verre.

Damien : Plus tard tu as exposé de nouveau…

 

Artiste-Ouvrier : En 2002, j’ai fait ma deuxième exposition, professionnelle cette fois. « Fonds de tiroirs » présentait 11 tiroirs pochés. J’en suis aujourd’hui à 82 tiroirs numérotés ! J’ai vu changer entre 1995 et 2002 le regard du public. Je pense que c’est dû à une volonté de certains pochoiristes de lier les générations entre elles à travers des événements comme Stencil project.

 
Damien : Tu souffres de l’assimilation pochoir-tagg ?
 

Artiste-Ouvrier : Je suis très mal placé pour répondre à cette question, car je ne fais pas d’art dans la rue sauf dans des contextes légaux. Je suis pour la gratuité, mais je considère qu’il y a une ambiguïté chez certains artistes : Même s’ils « font la rue » leur finalité reste de vendre. Je me limite donc aux endroits autorisés, aux dédicaces. Donc il n’y a aucune confusion avec le tagg. Par contre, je dirais que c’est le tagg qui souffre du pochoir. Bien qu’il ne soit pas de la même sphère, la différence de soin dans le travail est éloquente je pense. Cela valorise les bons ouvriers et les bonnes œuvres.

 

Damien : Tu te sens proche des casseurs de pubs (un collectif qui organise des détournements d’affiches pour se réapproprier le mobilier urbain) ?

 

Artiste-Ouvrier :  Les casseurs de pubs peuvent tomber dans l’extrême qu’ils prétendent dénoncer parfois. Je suis pour une belle publicité qui serait une recherche artistique plutôt qu’un abrutissement subliminal. C’est une question de prix. La campagne d’affichage de Leclerc (NDJ : Des affiches de publicité faussement détournées) montre que la publicité tente de s’approprier nos codes. Il leur manque encore les prises de contacts et des contrats décents pour intégrer socialement le pochoir dans la publicité. Mais les contre-exemples ne manquent pas, comme le Rap qui en se commercialisant s’est normalisé. Intégrer le pochoir à la publicité peut être une bonne façon de faire progresser les mentalités concernant l’art gratuit pour tous comme pratique légale.

 

Damien : Tu t’estimes membre de l’underground ?

 

Artiste-Ouvrier :L’underground j’ai donné, j’ai même monté un magazine, « l’échantillonneur ». J’ai fait travailler jusqu'à 200 personne sans jamais atteindre plus qu’un équilibre financier précaire. Pour moi l’underground c’est ça, du bénévolat, des coups d’épée dans l’eau, jusqu’au moment où quelqu’un sort du lot et commence à gagner. A ce moment là, c’est au revoir tout le monde. La misère unie plus que l’argent. J’ai vu ça dans la Tekno. C’est la même chose pour le rock, mais là où cela aura pris 50 ans pour le rock, c’était fait en 10 ans pour la Tekno. C’était prévu et prévisible, l’underground a pour destin d’être récupéré. Mais on retrouve toujours dans les masses laborieuses des révoltés, des écorchés vifs, qui sont plus inscrits dans la réalité. Je suis pour le dialogue de tous, avec tous. On est en 2004 (rire) des choses se passent, on déborde de richesses mais il faudrait voir à orienter les subventions dans le bon sens.

 

Damien : Quel est ton bilan de Stencil Project ?

 

Artiste-Ouvrier : La confusion… La confusion totale. Un projet à la diversité chaotique mais une expérience aussi. C’est dû, je pense, a son organisation même, un pied dans l’illégalité, un autre dans la légalité. Et puis il y a eu les étrangers, qui nous ont beaucoup apportés, que ce soit leur regard sur le pochoir ou leur savoir-faire. Stencil tient du miracle. Là on est en plein underground, tendance pied de nez, avec une nébuleuse en mouvement, spontanée et organisée à la fois. L’idée est par définition non institutionnelle, on peut faire un stencil à 10 dans sa cuisine. Je dirais donc qu’en tant que festival c’était nul, mais qu’en tant qu’acte situationniste c’était génial. Comme disait Dada, « puisque le désordre nous dépasse, feignons d’en être les instigateurs ».

Par D.Waltis - Publié dans : Portraits d'artistes
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