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Mardi 13 février 2007
« Là, tu touches vraiment à la mystique de la ville »
 
La trentaine, Pixal parazite est petit et trapus, avec une voix un peu gouailleuse du vieux Paris. Dans un vocabulaire fleuri que n’aurait pas renié Audiard, il se raconte : « Mes parents étaient des immigrés portugais tout juste arrivés en France quand je suis né ». Un élève dissipé, à la scolarité laborieuse. Après un passage par l’armée en Afrique, il rencontre une étudiante en art graphique. Et de faire découvrir au gosse de Belleville un monde insoupçonné jusqu’alors. « Elle m’a vraiment éveillé à moi-même et à l’art, c’est elle qui m’a aidé à me forger une réelle culture artistique, de celles qu’on apprendra jamais dans les livres ». 
 
Pixal se passionne dès lors pour le design et arpente les vernissages. « Une explosion du domaine du sensible, la découverte aussi d’une vocation » explique-il. « Comme si j’avais effleuré ce goût par( ?) la poterie sans jamais en prendre conscience. J’ai commencé dans l’événementiel avec les 7 inouïs et  les trucmuches, deux agences de décoration ». Dans ce mélange improbable d’art et d’entreprise, Pixal s’épanouit. Un paradoxe qu’il ne renie pas: « Ces gens ne se sentent pas artistes tout en l’étant ». Ces années sont aussi celles des virées dans Paris, de sa rencontre avec le monde artistique alternatif : le peuple des squats et de l’art urbain. « Des jeunes et des vieux briscards en tout point comme moi, je me suis retrouvé dans ce système. Un brin débrouille, un brin magouille, bref le quotidien de ma génération. Ils m’ont encouragé à faire ce que j’aimais ». Arrive le premier vernissage à l’occasion des  portes ouvertes de Belleville où il présente une quinzaine de pièces. Ses visages expressifs et autres créatures imaginaires ont beaucoup de succès.
 
Son entrée dans le pochoir urbain est motivée par un but peu orthodoxe : atteindre l’être aimé par ses oeuvres. Sans résultats mais « même si ça m’a pas rendu mon ex, j’y ai pris goût, attrapé ce virus : la pochomanie ». Il développe donc l’exploration urbaine et son balisage : « Une occasion merveilleuse d’exposer à tous gratuitement hors des structures existantes. L’art ne devrait pas quitter la rue pour se perdre dans un consensus marchand. Et puis il y a cette sensation incroyable, la nuit, seul dans Paris, les rencontres improbables. L’impression que l’urbain est une feuille blanche ou un corps qui se dénude. Là, tu touches vraiment à la mystique de la ville ». Pixal Parazite fait désormais partie des artistes anonymes –graffeurs, pochoiristes, djs de free party- pour qui le goût du risque donne une saveur à la création. Arrive Stencil project, le festival de pochoir, où il prend part avec d’autres artistes venus de toute l’europe. Notre Parazite s’exporte et tatoue la peau de grandes villes : Barcelone, Anvers, Utrecht. Aujourd’hui il juge la France « bouchée et sans perspectives ». Et envisage de s’installer aux pays-bas « où la contre-culture, n’est pas sous-culture mais un choix artistique cohérent avec ses lieux d’expositions, ses espaces vierges aussi». Un brin amer il ajoute : « ici, c’est mort, l’art est trop codifié, on invite des artistes étrangers et on met en garde à vue les artistes populaires et gratuits». Pourtant il continue inlassablement à populariser le pochoir sur des supports inattendus: skateboards des « riders » de Bastille, vêtements de « ravers » croisés en « technival », véhicules. Pour rien : un sourire, une clope, une photo à retoucher. Pour l’amour de l’art, tout simplement. Pour cette génération comme lui « un brin débrouille, un brin magouille ».
 
Damien Waltisperger
 
 
Par D.Waltis - Publié dans : Portraits d'artistes
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