Teknival : L’exception « Tekno » Française.
Manifestation de raveurs à paris (Dr : Damien waltisperger)
Les chiffres sont à la mesure du gigantisme de la manifestation : Plus d’un millier de gendarmes, 300 à 400 sapeurs pompiers, 100 bénévoles de médecin du monde. Répartit sur une centaine d’hectares, ce n’est pas loin de 82 000 « raveurs » qui ont foulé ce week-end du premier mai le site réquisitionné par l’état, à 30 kilomètres de Bourges. Bienvenue à la plus grande manifestation Techno gratuite de tous les temps.
De la contre-culture à la culture de masse :
Nous sommes en 1993, quand une poignée de nomades anglais fuient l’Angleterre post-Thatchérienne pour « poser » le premier Teknival. L ‘événement aura une portée minime : Moins de 300 personnes y prendront part. C’est pourtant le début d‘une odyssée : celle de la « Tekno » en France. D’autres « Teknivals » suivront, avec a chaque fois plus d’adepte de ces étranges fêtes illégales quasi-dionysiaques qui durent un week end, parfois plus. Avec pour leitmotiv, la musiques Techno assourdissantes et hypnotique déversée par les « sounds-systems », des groupes de musique électronique ambulants. C’est vers 1995 qu’apparaissent véritablement les premiers « sons » Français, plus sédentaires. Sans relais médiatique, par la seule force du bouche à oreille, cette « tekno » là est devenue une alternative festive gratuite aux fêtes populaires et aux discothèques pour des milliers d’adeptes. Les relations avec les forces de l’ordre sont alors tendues, et plus d’une de ces fêtes finira évacuée avant son terme. En 2001, dans un texte hybride -qui mêle lutte contre le terrorisme et contrôle des chiens dangereux- les «raves parties » de plus de 1500 personnes sont interdites sans autorisation préalable. Dans les faits, la culture Tekno passe de la semi-clandestinité à la clandestinité totale car les autorisations ne sont jamais données. En août 2002, la police interrompt une de ces fêtes et évacue 700 personnes avant d’arrêter deux organisateurs. En réaction, une semaine plus tard, les «sons» organisent un Teknival en Italie, prés de la frontière française au col de l’arche par deux milles mètres d’altitude. La police française impuissante regarde ses jeunes ressortissants traverser la frontière, libre circulation des personnes en Europe oblige. Le ministre de l’intérieur (Nicolas Sarkozy) réagit et le premier mai 2003 voit se tenir le premier Teknival autorisé en France. Fruit d’une concertation entre acteurs de la scène Tekno et le gouvernement, celui-ci sera gratuit et ouvert à tous. Depuis 3 ans maintenant il est reconduit. Rencontres avec des protagonistes de la mouture 2006.
Entre méfiance et reconnaissance :
Daniel a 27 ans et une longue pratique de la Tekno, il boycotte ce Teknival. « Cette année le terrain est réquisitionné à des agriculteurs par l’état. Pourquoi ne pas utiliser une base militaire désaffectée comme en 2003 afin de ne spolier personne ? Il y a aussi un phénomène qui me gêne, celui de la sur-médiatisation. Cela ramène des gens extérieurs au mouvement : dealers, journalistes en quête de scoop graveleux. Et puis il y aussi ce que j’appelle les Tekno- touristes, des gens qui n’ont aucun respect pour le site ou les organisateurs. Ils nuisent à l’image du festival. Alors, cette année, nous reprendront les réflexes maquisards et nous organiseront notre soirée en marge de cette kermesse sous contrôle policier ». Charlie a 17 ans, un pantalon à poils roses fluo et des dreadlocks. Elle a plusieurs de ces fêtes à son actif : « J’ai commencée très jeune, j’aime m’amuser et voyager, j’aime le son. Pour moi, c’est une manière de regrouper tout ça avec mes amis. Aussi une manière de m’évader d’un quotidien parfois pesant ». Guillaume est DJ, pour lui c’est un moyen de se frotter à un publique considérable : « Ma motivation principale est technique, faire fonctionner du matériel dans des conditions parfois difficiles et faire plaisir avec ma musique. On pousse l’équipement dans ses limites avec un auditoire potentiel énorme qui vous écoute. » Ramius est amère : « je suis venu avec une certaine nostalgie d’une époque, mais ce teknival, c’est trop. Trop de drogues et de dealers, trop de gens peu concerné par notre culture et irresponsables. Trop d’homogénéité musicale et pas assez d’innovation ».
A l’heure du bilan.
Le festival aura eu son lot de victimes : une jeune fille décédée, deux gendarmes agressés à l’arme blanche mais aussi une dizaine d’overdoses et une trentaine d’hospitalisation dont certaine « dans un état critique ». La police française quant à elle a saisit quelques 8 kg de Cannabis, 2 kg de cocaïne et 5700 cachets d’extasie. 32 personnes ont également été placées en garde à vue avant leur jugement pour divers délits. Des chiffres qui peuvent sembler énormes mais qui sont à reporter à une manifestation de 82 000 personnes. L’écrasante majorité des protagonistes était rentrés chez elle sans encombres malgré un fort trafic dimanche soir sur les routes de la région. En attendent le prochain Teknival, annoncé le 15 août et le prochain premier mai. Vraisemblablement le week-end des élections présidentielles Françaises de 2007. L’occasion de voir si la démarche du candidat Nicolas Sarkozy et ses arrières-pensées politique auront porté leurs fruits auprès des « raveurs ».