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Mardi 13 février 2007

Teknival : L’exception « Tekno » Française.


Manifestation de raveurs à paris (Dr : Damien waltisperger)

 

Les chiffres sont à la mesure du gigantisme de la manifestation : Plus d’un millier de gendarmes, 300 à 400 sapeurs pompiers, 100 bénévoles de médecin du monde. Répartit sur une centaine d’hectares, ce n’est pas loin de 82 000 « raveurs » qui ont foulé ce week-end du premier mai le site réquisitionné par l’état, à 30 kilomètres de Bourges. Bienvenue à la plus grande manifestation Techno gratuite de tous les temps.


De la contre-culture à la culture de masse :

 

Nous sommes en 1993, quand une poignée de nomades anglais fuient l’Angleterre post-Thatchérienne  pour « poser » le premier Teknival. L ‘événement aura une portée minime : Moins de 300 personnes y prendront part. C’est pourtant le début d‘une odyssée : celle de la « Tekno » en France. D’autres « Teknivals » suivront, avec a chaque fois plus d’adepte de ces étranges fêtes illégales quasi-dionysiaques qui durent un week end, parfois plus. Avec pour leitmotiv, la musiques Techno assourdissantes et hypnotique déversée par les « sounds-systems », des groupes de musique électronique ambulants. C’est vers 1995 qu’apparaissent véritablement les premiers « sons » Français, plus sédentaires. Sans relais médiatique, par la seule force du bouche à oreille, cette « tekno » là est devenue une alternative festive gratuite aux fêtes populaires et aux discothèques pour des milliers d’adeptes. Les relations avec les forces de l’ordre sont alors tendues, et plus d’une de ces fêtes finira évacuée avant son terme. En 2001, dans un texte hybride -qui mêle lutte contre le terrorisme et contrôle des chiens dangereux- les «raves parties » de plus de 1500 personnes sont interdites sans autorisation préalable. Dans les faits, la culture Tekno passe de la semi-clandestinité à la clandestinité totale car les autorisations ne sont jamais données. En août 2002, la police interrompt une de ces fêtes et évacue 700 personnes avant d’arrêter deux organisateurs. En réaction, une semaine plus tard, les «sons» organisent un Teknival en Italie, prés de la frontière française au col de l’arche par deux milles mètres d’altitude. La police française impuissante regarde ses jeunes ressortissants traverser la frontière, libre circulation des personnes en Europe oblige. Le ministre de l’intérieur (Nicolas Sarkozy) réagit et le premier mai 2003 voit se tenir le premier Teknival autorisé en France. Fruit d’une concertation entre acteurs de la scène Tekno et le gouvernement, celui-ci sera gratuit et ouvert à tous. Depuis 3 ans maintenant il est reconduit. Rencontres avec des protagonistes de la mouture 2006.


Entre méfiance et reconnaissance :

 

Daniel a 27 ans et une longue pratique de la Tekno, il boycotte ce Teknival. « Cette année le terrain est réquisitionné à des agriculteurs par l’état. Pourquoi ne pas utiliser une base militaire désaffectée  comme en 2003 afin de ne spolier personne ? Il y a aussi un phénomène qui me gêne, celui de la sur-médiatisation. Cela ramène des gens extérieurs au mouvement : dealers, journalistes en quête de scoop graveleux. Et puis il y aussi ce que j’appelle les Tekno- touristes, des gens qui n’ont aucun respect pour le site ou les organisateurs. Ils nuisent à l’image du festival. Alors, cette année, nous reprendront les réflexes maquisards et nous organiseront notre soirée en marge de cette kermesse sous contrôle policier ». Charlie a 17 ans, un pantalon à poils roses fluo et des dreadlocks. Elle a  plusieurs de ces fêtes à son actif : « J’ai commencée très jeune, j’aime m’amuser et voyager, j’aime le son. Pour moi, c’est une manière de regrouper tout ça avec mes amis. Aussi une manière de m’évader d’un quotidien parfois pesant ». Guillaume est DJ, pour lui c’est un moyen de se frotter à un publique considérable : « Ma motivation principale est technique, faire fonctionner du matériel dans des conditions parfois difficiles et faire plaisir avec ma musique. On pousse l’équipement dans ses limites avec un auditoire potentiel énorme qui vous écoute. » Ramius est amère : « je suis venu avec une certaine nostalgie d’une époque, mais ce teknival, c’est trop. Trop de drogues et de dealers, trop de gens peu concerné par notre culture et irresponsables. Trop d’homogénéité musicale et pas assez d’innovation ».

 

A l’heure du bilan.


Le festival aura eu son lot de victimes : une jeune fille décédée, deux gendarmes agressés à l’arme blanche mais aussi une dizaine d’overdoses et une trentaine d’hospitalisation dont certaine « dans un état critique ». La police française quant à elle a saisit quelques 8 kg de Cannabis, 2 kg de cocaïne et 5700 cachets d’extasie. 32 personnes ont également été placées en garde à vue avant leur jugement pour divers délits. Des chiffres qui peuvent sembler énormes mais qui sont à reporter à une  manifestation  de 82 000 personnes. L’écrasante majorité des protagonistes était rentrés chez elle sans encombres malgré un fort trafic dimanche soir sur les routes de la région. En attendent le prochain Teknival, annoncé le 15 août et le prochain premier mai. Vraisemblablement le week-end des élections présidentielles Françaises de 2007. L’occasion de voir si la démarche du candidat Nicolas Sarkozy et ses arrières-pensées politique auront porté leurs fruits auprès des « raveurs ».


Damien Waltisperger

Par D.Waltis
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Mardi 13 février 2007
La plume et le phrasé
Par Damien Waltisperger
 
 
Ici, on vient lire sa création entre poètes
 
 « Le slam c'est quoi ? C'est un mouvement social, culturel, artistique/ C'est une pratique égalitaire, démocratique, communautaire/ Où tout le monde est invité à s'inscrire pour interpréter/ Dans une totale liberté de style, de genre, de sujet traité/En trois minutes temps limité, sans musique et à égalité/ Un poème, une ode, une histoire, sans costume, décor, accessoire/Poétesses et poètes d'un jour ou d'un soir, gagnent ainsi… un verre à boire. »
 
La phrase de Tsunami est rituelle, elle ouvre chaque « slam session ».Bien malin qui pourrait retracer l’origine exacte de cette poésie spontanée en mouvement : De Gill Scott Henron aux poètes Beat comme Ginsberg, ce lyrisme semble régulièrement réinventé tout au long des années 60-70. Marc Smith, un écrivain lui donnera un nom qui claque : « Slam ». Des soirées mémorables dans les années 80, au bar le Green Mills de Chicago, les « uptown poetry slam », ont le public comme arbitre et intervenants. Le mouvement gagne la côte Ouest et San Francisco dans les années 90.. Et, au passage, l’aval de l’association américaine nationale de poésie. Le film de Marc Levin « slam », caméra d’or au Festival de Cannes 98, fera connaître au monde cette contre-culture démocratisante et libre.
 
Un public très divers 
 
C’est dans la « ginguette pirate », une belle jonque amarrée au bord de la seine, que se réunissent les poètes de tout poil Mais les endroits et les occasions ne manquent pas : associations, bars ou même actions sauvages : Le slam a le vent en poupe. Dans la salle, le public et les artistes sont mixtes, multiethniques et de tous les ages. Depuis 2002, Tsunami anime ces soirées avec l’énergie conviviale d’un monsieur loyal un brin cabot :
 
« Le but initial est de faire de la poésie un sport-spectacle. Cartier Bresson disait que la liberté, c’est le cadre. Ce cadre de 3 minutes permet à chacun de s’exprimer. Le slam est un lieu de liberté, d’égalité, de fraternité. Il ne vise pas à consacrer la parole venue d’en haut; il n’est ni réac, ni révolutionnaire, ni underground. Il ne faut surtout pas le réduire à ça. Bien sûr, il y aura toujours 2-3 gourous : Des-directeurs-artistiques-chirurgiens-esthétiques-sans-éthique-qui-font-des-liftings-artistiques-hip-hop-à-des-rappeurs-has-been ». Le rôle de médiateur de Tsunami est limité : « J’ai quelque fois à couper le micro. Mais uniquement pour les gens qui ne respectent pas la contrainte temporelle -et encore- au bout de 6-7 minutes. En tout cas, jamais pour le contenu ». Pour une raison simple : « Le slammeur est impliqué et responsable, l’individu est face à une communauté et tant pis pour lui s’il se fait huer ».
 
Hip-hop et châtiments
 
Ce soir là, c’est scène ouverte : Un vieil homme monte sur scène. C’est sa première fois, il est venu déclamer un poème de Victor Hugo « un texte sans nom, extrait des châtiments ». Sa voix bafouille, il trébuche sur les mots et s’enflamme, dans ses yeux brille le lyrisme. Une femme d’age mûr évoque avec légèreté et humour sa vie intime dans l’hilarité générale. Plus tard, deux jeunes hommes entament un texte en duo qui dénonce sans vergogne les abus policiers, les trafics et la vie en banlieue loin des clichés usuels du rap. Parfois la douleur perce sous le texte, quand une dame parle de ses parents déportés par les Allemands. Poésie, chansons reprises par le public et manifeste se suivent sans se ressembler.
 
Des airs d’étudiante sage mais le verbe acéré, Miss Dam a 24 ans, dont 4 de pratique : « J’écrivais déjà des textes et des chansons, mais j’y suis arrivé un peu par hasard. Il y a une certaine jouissance à déclamer, à décharger cette tension, cette énergie qui part du ventre et s’envole vers le public : On n'écrit pas comme on s’inspire, on écrit comme on expire ! Ce qui sort c’est le fruit d’une maturation, d’un processus un peu magique. J’aime cet espace de liberté où la seule contrainte est temporelle, et encore tacitement. Pour moi c’est un plaisir. Aujourd’hui tout le monde fait du slam, les cafés, les foyers de jeunes travailleurs même les prisons ! Pour d’autres c’est un métier ou une manière de percer, surtout en compétition. Je rejète complètement ce principe, on en sort frustré, et le tournoi bride la créativité par son coté démagogique ».   
 
Comme les Etats-Unis, où l’essentiel du slam se pratique en tournois, la France possède aussi ses joutes verbales. Des jurys pris au hasard dans la foule notent en toute liberté. A la fin de chaque prestation, comme en patinage, on enlève la note la plus haute et la plus basse. D’éventuelles pénalités pour non-respect des 3 minutes s’appliquent.. Ici, rien à gagner, juste l’occasion de voir s’affronter la fine fleur du slam.
 
Un ministre pour fan
 
Et aujourd’hui le slam est tendance, sous l’impulsion de « grand corps malade ». Ce jeune homme de Seine saint Denis est devenu l’ambassadeur modeste mais efficace de cette pratique. Signe des temps, le ministre de la culture et de la communication français était de ses fans lors de sa tournée au Bataclan à Paris…
 
Le dernier mot revient à Tsunami : « Qui que vous soyez, si vous écrivez, venez partager avec nous sans crainte d’être jugé. Ici, chacun a son public. Ne résistez pas à cette tentation, personne ne l’a jamais regretté ! » 
 
Liens :
 
 
 
 
 
 
Par D.Waltis
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